Karim Ghaddab

 

 

Dire d’Antoine Petel qu’il travaille sur la représentation n’a rien d’original. De quel artiste ne peut-on, d’une façon ou d’une autre, en dire autant? Cependant, le projet a, chez lui, quelque chose de différent: Petel ne vise pas à représenter une chose — objet, figure, espace, etc... — mais à donner corps à un processus. En l’occurrence, la question, plutôt que de porter sur un objet extérieur à la pratique artistique, s’inverse et se retourne (sur et contre elle-même) pour interroger les conditions de sa propre possibilité. En d’autres termes, il s’agit de déterminer une forme qui rende compte de la détermination d’une forme.

La décision de produire une forme peut être considérée comme un point, un point de départ, à la fois spatial et temporel. A partir de ce "noyau", le matériau va se développer selon différents modèles de croissance: la spirale, l’étalement, la ramification, la répétition, etc... Le choix entre ces différents principes se restreint de plus en plus à mesure que la forme se déploie. Au moment, ou à l’endroit, du point de départ initial, l’éventail des possibilités est encore totalement ouvert, mais dès la seconde décision (développement plan ou linéaire), les options se restreignent pour s’inscrire dans une sorte de loi des probabilités ou de "logique formelle". Peu à peu se dégage de la forme en cours d’expansion un principe directeur, pour ne pas dire un "esprit", qui s’impose à l’ensemble de la pièce et conditionne les choix à venir. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, Petel n’utilise pas une technique "molle". Il n’a pas recours à une quelconque matière pâteuse qui se répandrait en coulant, ni à aucun autre procédé plus ou moins aléatoire qui confierait le développement de la forme aux seules propriétés physiques du matériau. Au contraire, Petel utilise le fer forgé, peut-être la matière la plus "inerte" qui soit. Des tiges de métal, de section carrée, sont tordues et soudées. L’artiste reste donc, de bout en bout —d’un bout à l’autre de la sculpture — totalement responsable de la forme en devenir. Celle-ci terminée, c’est-à-dire parvenue au terme de la logique de son développement, elle est peinte. Les couleurs, vives, au nombre de deux ou trois, alternent, tracent parfois des motifs et confèrent à la sculpture une unité qui fait oublier la fragmentation de son élaboration.

Les formes ainsi obtenues s’apparentent à des individus. Chacune d’elles est unique et s’inscrit cependant dans une série ou un genre morphologique particulier. Parce que leur structure même constitue une concrétion de temps, une trace visible de leur genèse, les oeuvres de Petel fonctionnent comme des organismes vivants.

 

Karim Ghaddab , Novembre 1998.

 

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