Benoit Chantre

 

 

 

Un rossignol tiré du mur

La chapelle est vide. Plus de culte, de cantiques. Tout s'enchaînait si bien jadis, du lombric à l'homme-Dieu cloué nu sur la potence.A la croisée de deux axes : sommet du monde et dernier sacrifice. Il avait chassé les marchands du temple, sauvé les colombes, les agneaux, les chèvres, les boucs et les taureaux. Plus d'holocaustes, de fumées grasses, de prêtres, de lévites : la création comme au premier jour, libérée du couteau, laissée à son premier élan. C'est donc lui qu'on immola. Et puis le Temple fut détruit. Restèrent les tabous et le jeûne. Les messes à leur tour voulaient peut-être revenir aux premiers rites végétariens, pain azyme et sang de la vigne - au premier paradis, celui d'Adam, par-dessus Moïse et Noé, quand le serpent parlait, avant qu'on l'obligeât à se glisser entre les feuilles.

C'est ce que révèle Antoine Petel, libérant sur les murs de sa chapelle un bestiaire coloré. Tant pis pour lui s'il ne s'en doute qu'à moitié, s'il le devine sans le savoir. Tant mieux, sans doute, sinon il n'aurait pas tenté un pareil geste. Les signes ne sont jamais muets. Ecoutez ces formes qui se déploient sur les murs. Ce ne sont pas des animaux en cage, des hiboux cloués à la porte d'une grange, mais des promesses animales, une rumeur inaudible. Elles émergent d'un espace quadrillé, qui parfois se colore à l'intersection de leur forme incertaine. Elles babillent, elles frissonnent, elles s'ébrouent. Nous sommes au matin du monde, du moins retrouvé ici en pensée.

Le peintre s'est fait sculpteur : ce n'est plus la surface plane qui renvoie au corps absent, c'est le corps presque palpable dans son dessin de fer et toujours menacé d'être repris dans le plan. Parfois le plan domine, parfois c'est l'animal, mais le plan réapparaît, possible clignotant et coloré, tangible comme une pomme ou un échiquier affolé, présence joyeuse. Il y a de l'enfant chez cet artiste, du savant aussi. Ce qu'il fait est extrêmement singulier, vivant, pensé, passant en un clin d'œil du décor à l'énigme et de l'énigme au décor. Arriverons-nous à entendre ce silence, nous qui n'avons plus les rites, qui auront bientôt oublié tous les textes ?

Benoît Chantre avril 2005_

 

 

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