Antoine Petel

 

 

 

La peinture dans l’espace, la sculpture dans le plan... il n’y a plus de repères : il reste des questions qui se forment, germent et se déploient.

Il s’agit de parler de la vie, de la sève qui nous traverse et de l’étonnement d’exister.

Le métal, la résine et la couleur sont les outils qui me permettent d’explorer les domaines où la vie s’affirme.

Le métal, sous la forme de barres fines essentiellement, autorise la légèreté, la fluidité et la solidité en même temps. c’est l’outil du dessin. Il opère à l’instant où la structure cherche son chemin dans l’espace et dans l’esprit.

La résine, matériau organique, rend solides et solidaires les surfaces de tissu qui se tendent sur le métal. C’est là que quelque chose « cristallise » : la forme se trouve, s’aboutit, prend sa place. Arrive la couleur enfin, qui habille le dessin comme une peau, en définit les bords, annonce l’unité et la cohérence de l’objet. Cette couleur, franche, plurielle, apporte son identité en signant l’objet. Elle dépasse la matière et le poids, pour devenir un jeu entre le regard, la forme et le sens, territoire de l’appropriation.

Faire de la peinture ou de la sculpture, c’est toujours chercher un trésor, un étonnement.

Une démarche artistique, c’est reconnaître que le livre du monde est un espace fécond, un lieu de perception renouvelé et qu’il faut bien en tourner les pages pour inventer ce que nous sommes.

Morphogenèse et livre d’étude, le projet de ce travail tente de résonner plutôt que de comprendre. Végétales, animales ou humaines, les entrées dans le monde de la forme vivante sont multiples et se conjuguent. Relier des mondes divers mais parents, provoquer une lecture différente, se faire complice....

Habiter les images qui questionnent, chercher les lieux où l’on se trouble, où l’on se sent proche d’une forme vivante. Interroger encore, regarder dans les livres, observer la nature, dessiner...

Combiner, relire, redécouper, chercher jusqu’à ce que quelque chose s’énonce. Ouvrir des chemins pour éclairer le regard, organiser l’espace autrement, définir un lieu où les sentiments s’éveillent, un lieu de représentation plus dense.

Associer la physiologie et la topologie, la médecine et la géographie… chercher des croisements improbables mais intuitifs. Sculpteur, peintre, manipulateur : tordre la forme jusqu’à ce qu’elle sonne, jusqu’à ce quelle s’emboîte avec l’espace, qu’elle s’accorde à notre perception en délivrant des bribes de sensations.

Brasser à travers tant de domaines les images, qui nous racontent ce que nous sommes, comme autant de pièces d’un insaisissable puzzle. Découvrir les structures qui nous hantent, intemporelles. Être fragile, parler de cette fragilité que les formes vivantes ont en partage.. Être fort aussi, tendu, comme la vie est constante, tenace.

Approcher ces formes qui nous justifient, nous rendent plus graves et plus légers en même temps. Peut-être plus attentifs...

À travers les sciences, la physique, la nature, l’histoire, je cherche les éléments d’une grammaire, les outils nécessaires pour qu’une étincelle de sens s’organise, se développe et provoque d’autres questions.

Interroger les morphologies, les états de la forme. Interroger les lignes, celles qui produisent les vides et les pleins, celles qui nourrissent le constant dialogue de l’incertitude... Le vide, l’absence de ce qui est perdu ou de ce qui n’est pas encore advenu.... Le plein du présent, ce plein qui affirme : j’existe, j’habite ici !

C’est une affaire de durée... Ce temps ouvert que nous avons en commun, le temps de notre vie.

S’il était possible de poser simplement un regard sur les signes qui, de partout, nous appellent.

S’il était possible d’habiter les questions qui nous croisent sans cesse, ces formes complices qui nous rassurent, et nous confient qu’au fond nous existons peut-être pour de vrai.

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